Incarnation

L’incarnation a principalement deux acceptions : c’est la manifestation concrète d’une réalité abstraite ; et la forme sous laquelle une divinité apparaît [1]. C’est ce deuxième sens du mot qui me vient de premier abord à l’esprit.

Depuis le Trecento, les peintres des plus intellectuels se sont intéressés à l’Incarnation. Ils ont réussi à la figurer par un désordre dans la perspective [2]. Désordre que j’ai voulu représenter ici, d’abord avec un mélange de styles, ensuite, par un sens improbable. Comment un homme en âge adulte et bien en chair peut-il s’échapper de l’aile d’un ange ? Et pourtant, la scène est bien là. Un ange vient annoncer l’incommensurable : Dieu s’incarnant. Mais dans un corps très humain, loin de l’idéal classique du corps du Christ souffrant.

Un autre détail est en jeu. L’insémination de Marie par l’oreille est un thème récurrent par un grand nombre d’auteurs : « parole divine vaut acte » [3]. C’est aussi un thème fréquent dans les mythologies des êtres d’exception. Et il rappelle ce que Freud a nommé les « théories sexuelles infantiles ». Car l’enfant qui est confronté à l’énigme sexuelle de la procréation est au fond dans la même posture que l’adulte qui cherche à comprendre la conception du Christ par la Vierge. La spirale sur laquelle l’homme s’appuie, ne rappelle-t-elle pas une oreille ?

En effet, tous les éléments sont là. Les trompettes acclamant la verbe divine, l’ange annonciateur, puis l’incarnation. Il y a (juste) un décalage dans le temps. L’ange annonce la venue de Dieu, alors comment son Fils peut-il déjà être là ? Décalage aussi spatio-temporel. Les centres d’intérêt de cet homme ne semblent pas tout à fait catholiques : une bouteille (d’alcool ?), un paquet de cigarettes, une radio kubo[4].

Ici seul l’ange « rock-and-roll » est en couleurs, d’un style plutôt infantile, peinture de fous ? Ce n’était pas l’appellatif de la peinture brute, matiériste ? L’homme a plus un style classique (normal, il est terrien !), tandis que les signes annonciateurs, eux, tendent à se rapprocher de la bande dessinée.

Problématiques abordées

Questionnement sur la figuration d’un concept incommensurable.

Notions abordées :

– Divin/terrestre
– Réel/irréel
– Abstraction/figuration
– Matérialité/immatérialité
– Geste/signe
– Dureté/fragilité
– Surface/illusion volumique
– Infantilisme/maturité
– Culture de la surface/art de la mémoire
– Champ référentiel
– La peinture underground de Basquiat
– Fahamu Pecou pour l’actualité de ses sujets
– La lutte pour la mémoire d’Ernest Pignon-Ernest
– Cy Twombly et son mélange de styles
– Le graphisme de William Kentridge
– Le regretté Daniel Arasse pour ses écrits

[1] Dictionnaire Larousse.

[2] Daniel Arasse, Histoires de peintures, Ed. Folio, 2006.

[3] Par exemple, chez Melchior Broederlam, Annonciation et Visitation, 1394-1399.

[4] Clin d’œil à mon site : www.kubo.agency.

SchoolTravaux de troisième année en arts plastiques, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ParisMaterialsGraphite, feutre et pastel grasYear2018

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